La paix par Olivier Laurent

Adresse aux participants d’un bateau pour la paix, dimanche 25 octobre 2015
Chers amis,
Soyez les bienvenus et que la Paix de Dieu soit dans vos cœurs !
Nous voulons aujourd’hui inscrire notre démarche dans le sillage de la grande prière interreligieuse d’Assise.
En effet, il y aura bientôt trente ans que le saint Pape Jean-Paul II invitait auprès du tombeau de saint François d’Assise, l’un des plus grands saints d’Europe et l’un des précurseurs de la rencontre fraternelle entre croyants, des représentants de toutes les grandes traditions religieuses du monde pour élever une ardente prière pour la Paix sur notre terre qui est notre maison commune.
Depuis cette rencontre qui a contribué à ouvrir des chemins de réconciliation et de dialogue, chaque année, des croyants de diverses traditions et des hommes et femmes de bonne volonté, se rassemblent pour prier pour la Paix.
Fidèles à cette belle initiative, nous voici rassemblés, juifs, chrétiens et musulmans, hommes et femmes de bonne volonté pour adresser à Dieu une fervente prière pour la Paix.
Au nom du collectif interreligieux dont les responsables, sont ici présents, notamment Messieurs Maurice Aziza et Saïd Hichouri, le Pasteur Christian Badet et le frère Hubert Marie ainsi que le diacre Gilles Rebêche, nous voulons vous saluer tous, juifs, chrétiens et musulmans et vous remercier de votre présence en ce dimanche devant l’embarcadère des navettes du Réseau Mistral qui a accepté de mettre à notre disposition un bateau de ses lignes et à qui nous exprimons toute notre gratitude. Nous sommes heureux aussi de compter parmi nous des membres du Secours Catholique et du Comité Catholique contre la faim et pour le développement ainsi qu’une belle délégation de jeunes de l’association Coexister.
Nous voulons remercier également les personnalités civiles ici présentes et particulièrement Madame Geneviève Lévy, députée et maire adjoint de la ville de Toulon. Votre présence nous rappelle toute l’importance que vous accordez, avec Mr H. Falco sénateur Maire qui s’est excusé et que vous représentez, à la concorde et à la paix au moment où nous sommes tous profondément bouleversés par les terribles événements et les crises qui ébranlent jusqu’aux fondements de nos sociétés. Oui, il y a urgence d’unir nos voix, nos mains et nos cœurs dans une ardente prière pour la Paix.
Nous avons souhaité embarquer sur un bateau. En le faisant, nous voulons manifester notre solidarité et notre compassion.
Solidarité avec tous les sauveteurs en mer, particulièrement en Méditerranée ; ceux de la Marine Nationale et les associations de sauveteurs qui ne ménagent aucun effort pour arracher à la mort tant de naufragés, victimes souvent de passeurs sans foi ni loi.
Compassion, car nous ne pouvons rester dans l’indifférence et oublier ces frères et sœurs en humanité qui, au péril de leur vie, traversent la mer, parce que leurs vies sont menacées par de terribles conflits au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Ils frappent à nos portes et nous demandent asile et secours. Leur nombre, sans cesse croissant, met nos pays d’Europe devant des défis parfois insurmontables nous rappelle l’urgence de la Paix et aussi celle d’unir nos efforts pour la promotion d’un développement durable qui permette de vivre décemment et sans menaces dans leurs pays.
Nelson Mandela écrivait dans sa prison de Roben Island : « Le jour où j’ai compris que mon ennemi peut devenir partenaire, j’ai compris le chemin de la Paix. »
Il y a deux semaines se tenait à l’UNESCO une rencontre, qui a rassemblé plus de 2000 personnes pour réfléchir sur la question suivante : « Comment faire des religions une ressource pour la Paix, la justice, le développement et prendre en charge ensemble l’avenir de la famille humaine ? » Nous sommes tous concernés.
Le pape François nous dit : « la paix n’est assurée que si elle est plantée à plusieurs mains » Et à la suite de son voyage en Terre Sainte, en mai 2014, il a invité « chez lui » au Vatican, Shimon Peres et Mahmoud Abbas pour prier pour la Paix en présence du patriarche Orthodoxe Bartholomée. Dans son discours, il soulignait la patience nécessaire pour tisser la trame de la cohabitation pacifique : « faire la paix demande plus de courage que faire la guerre. »
Nous pouvons tous devenir des acteurs de réconciliation comme ces jeunes du monde entier qui se rassemblent, années après années, sur la colline de Taizé. Et aussi comme les jeunes de l’association Coexister, présents parmi nous, appartenant à différentes traditions religieuses et qui veulent œuvrer ensemble pour « une coexistence active » et la cohésion sociale qui est crée, non plus « malgré » mais « grâce » aux différences.
Pierre Claverie, évêque d’Oran écrivait : «  Notre foi en un Dieu qui est entré dans l’humanité nous pousse à y créer les conditions de la rencontre et de la fraternité universelles non pas au-delà de nos différences mais avec elles. »
Nous sommes des pèlerins. Ramon Pannikar, théologien Indien disait : « Il existe de nombreux chemins pour gravir la montagne mais il n’y a qu’une seule montagne. »
Je voudrais terminer avec Hassan, un jeune musulman Serbe dont toute la famille a été assassinée à Sébréniça et qui nous adresse ce vibrant témoignage : « Il n’y a pas assez de place dans mon cœur pour aimer Dieu et haïr mon frère. »
Et avec Gandhi qui disait : « C’est en se changeant soi-même qu’on changera le monde ».        
Cette fraternité nous voulons l’exprimer aujourd’hui en embarquant ensemble sur le « bateau de la Paix »