Homélie du 26ème dimanche du temps ordinaire (B)

(Nb 11,25-29 – Jc 5, 1-6 – Mc 9, 38-48)

Homélie

Par Bernard Bourtot, sm.

Il y aurait beaucoup à dire sur les textes qui sont proposés aujourd’hui. J’ai choisi de partir du mot « scandale » et d’aboutir au mot « prophète », pour chercher ce que cela nous donne à penser. Il est bien entendu que je ne cherche pas à faire la morale à qui que ce soit, mais à découvrir en quoi la Parole de Dieu est bonne nouvelle.

 

« Celui qui est un scandale, une occasion de chute

pour un seul de ces petits qui croient en moi… »

Littéralement scandaliser veut dire : être obstacle, tendre un piège, être pierre d’achoppement, qui fait tomber.

-Disons d’abord que Jésus lui-même a scandalisé ses interlocuteurs, par exemple quand il parlait à la synagogue aux habitants de Nazareth : Il était pour eux une occasion de chute. Ou lorsqu’il scandalisait les Pharisiens par ses propos sur le pur et l’impur, sur les traditions, sur le jour du sabbat. Mais Jésus ne cherchait pas à faire tomber ses interlocuteurs, mais à leur ouvrir les yeux. Son arrestation et son procès, sa mise à mort, ont scandalisé les disciples, même son plus fidèle, Pierre, l’a renié. Et dans la première Eglise, beaucoup n’ont pas supporté les persécutions et ont quitté la communauté chrétienne.

-Aujourd’hui, le scandale peut provenir de gens qui vivent dans l’opulence, comme dit Saint Jacques, et qui, ne sachant pas ouvrir les yeux sur leurs frères et sœurs humains, ne vivent que rassasiés de leurs possessions, et n’ont jamais appris à partager.

-Nos oreilles peuvent, à juste titre, être scandalisées par des propos, que colportent les medias, de gens qui refusent a priori toute attention aux masses de migrants qui déferlent sur l’Europe. Certains propos sont inadmissibles et scandalisent les disciples du Christ. Il y en a qui viennent à critiquer des prises de positions du pape François, ou d’évêques, ou de communautés chrétiennes.

-Je veux citer quelques paroles du père Jean Debruynne qui s’adressait à des éducateurs d’enfants, mais sa réflexion peut toucher notre relation à notre prochain. Il fait référence aux « petits » dont parle Jésus dans l’évangile.

La tentation est grande de garantir sa responsabilité en gardant ces « petits » à l’abri, de les mettre en conserve, de les protéger, de les interdire pour leur éviter la chute.

Erreur ! Méfiance plutôt que foi.

Ces petits, parce qu’ils sont petits, sont justement promesse.

Petit comme la graine ou la semence, petit comme un début, un commencement ou une ouverture, petit comme un germe, un premier espoir, un premier pas fragile, un premier essai…

Les entraîner dans la chute, ces petits, ce peut être aussi bien les entraîner dans nos habitudes, les enfermer dans nos principes, les faire chuter dans nos vieillissements, nos idées toutes faites ou nos étroitesses.

-Je reviens aux lectures d’aujourd’hui : dans le livre des Nombres, on est scandalisé parce que deux hommes Eldad et Médad prennent la parole dans le camp des Israélites sans y avoir été autorisés par Moïse, et même Josué, l’adjoint de Moïse, supplie son maître de les arrêter. – Dans l’évangile, c’est la même histoire : le scandale, pour Jean, l’un des apôtres, vient du fait qu’un homme qui ne fait pas partie du groupe des disciples de Jésus, expulse les démons au nom de Jésus.

-Ces deux anecdotes pourraient être d’aujourd’hui. Des gens peuvent penser que seuls les chrétiens sont capables de faire œuvre positive pour le bien dans ce monde. Tout comportement, toute action charitable, toute prière n’aurait de valeur qu’au sein du christianisme, et ceux du dehors ne peuvent valablement faire le bien. Quand je dis ceux du dehors, je pense aux musulmans, aux autres religions et même aux sans religion.

-Méditons la réponse de Jésus : « Ne l’en empêchez pas Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. » Ceux qui se scandalisent disent plutôt : « Celui qui n’est pas avec nous est contre nous ! » Jésus renverse la phrase et donne un sens positif à toute action bonne chez nos contemporains. Cela justifie toutes les recherches dans le sens de l’accueil et du partage avec les non-chrétiens, ou des chrétiens non catholiques, quand cela est possible.

-La question est celle de savoir quel esprit nous habite. Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va… Jésus appelle à discerner dans les événements le vent de la nouveauté de l’Esprit, en rejetant ce qui serait illusion, erreur, trompe-l’œil. Chaque fois qu’il y a accueil, partage, volonté de chasser les démons, c’est-à-dire de remettre un homme debout, nous avons à discerner les signes de l’Esprit. C’est notre tâche de chrétien, de prophète.

-Je ne peux que citer à nouveau la parole de Moïse : « … Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! » Voilà notre vocation chrétienne, voilà la bonne nouvelle : vivre de l’Esprit du Seigneur et le discerner à l’œuvre, en nous, en nos frères et en tout homme de bonne volonté.

27 septembre 2015