Dieu – Allah : même Dieu ou Dieu différent ?

Rencontre du Gaïc : Dieu- Allah : même Dieu ou Dieu différent ?   22 sept. 2015
 Exposé du P. Olivier Laurent.

20 minutes c’est trop si je dis des bêtises mais c’est trop peu pour traiter un sujet aussi immense.
Quelques préalables avant de répondre à la question.
         ° Pour nous croyants, nous attestons que Dieu existe.
Mais il y a dans le monde et dans notre société, des personnes qui ne croient pas en Dieu et qui pensent que Dieu n’existe pas.
Soit qu’elles ignorent son existence, soit qu’elles la refusent pour différentes raisons, soit qu’elles ont une autre sagesse de vie qui ne nomme pas Dieu. Soit qu’elles soient polythéistes.
         ° Quand je dis « Dieu », qui parle ?
Ce sont des êtres humains, avec leur histoire, leur environnement, leur culture, leurs expériences heureuses ou malheureuses qui nous parlent de Dieu. Et nous avons en héritage des traditions millénaires.
Les grands Témoins qui ont reçu sous l’inspiration de l’Esprit une révélation divine et qui nous l’ont transmise, n’ont pu le faire qu’avec les mots de leurs langues pour qu’elle puisse être entendue, reçue, comprise et mise en pratique. Il y a dans nos traditions juive, chrétienne et musulmane des témoins privilégiés.
Saint Paul dans la lettre aux Hébreux nous dit : « Après avoir parlé de biens des manières… quand les temps furent accomplis, Dieu nous a parlé par Jésus » qui est le Verbe (la Parole) plein de grâce et de vérité. 
Et c’est au cours de son expérience spirituelle dans la caverne, au cours de la Nuit du Destin, que le prophète Mohamed reçoit la révélation de sa mission. Il devient le porte parole du message que Dieu lui adresse par la voix de Djibril.
         ° Se pose alors la question du Comment nous connaissons Dieu et celle du Comment il se fait connaître ?
La Tradition nous dit que Dieu nous a parlé. Mais c’est une longue histoire qui se déroule dans le temps, depuis les origines et qui s’approfondit au fur et à mesure que l’évolution de l’homme se développe avec ses aspects culturels et sociaux.
Nos Écritures parlent de la patience de Dieu qui se fait pour nous pédagogue, un éducateur jamais découragé et qui accompagne nos pas pour nous aider à ne pas faire fausse route, à ne pas nous décourager devant les épreuves de la vie.
Il s’agit donc d’une révélation progressive au cours de laquelle Dieu se fait connaître dans sa véritable identité.
Cette histoire concerne l’humanité toute entière mais aussi chacun et chacune d’entre nous. Nous avons -si nous le désirons- à «  apprendre Dieu » pour qu’il devienne effectivement Celui qui oriente notre vie et lui donne tout son sens.
Les Livres Saints contiennent l’histoire et les enseignements de cette rencontre de l’homme avec Dieu.
La Bible raconte nos origines et l’Alliance de Dieu avec Israël et comment il se fait découvrir tout au long des péripéties de l’histoire de son peuple. Ce livre est exemplaire en ce sens qu’il nous parle encore aujourd’hui mais pour bien le comprendre et en garder le sens nous devons «  croire et interpréter » En effet nous ne vivons plus à l’époque de ces récits et il nous faut faire acte d’intelligence dans la foi pour bien les comprendre sans les déformer. Il en va de même des Évangiles.
Et nous le savons, les sages, les mystiques et les théologiens de l’Islam ont développé de grandes écoles d’interprétation du Saint Coran.
          ° Alors qui est Dieu ?
Un très bel hymne ancien de Grégoire de Naziance dit : «  Dieu au-delà de tout crée, nous ne pouvons que t’appeler l’inconnaissable, Bénis sois-tu ?
Et nous chantons : «  Dieu plus grand que notre cœur ».
Oui Dieu est plus grand que tout ce que nous pouvons dire avec nos mots car notre langage est approximatif et ce que Dieu, lui-même nous révèle de lui-même nous ne pouvons l’exprimer qu’avec nos pauvres mots.
Car Dieu existe en soi et son existence dépasse nos pauvres affirmations de foi.
Mais en même temps Dieu est relation et c’est dans un échange avec lui que son existence nous concerne, qu’elle engage ou non notre vie, qu’elle donne sens à notre histoire. « Je crois Seigneur mais viens au secours de mon incrédulité »
En quelque sorte nous avons «  partie liée » avec Dieu et Dieu avec nous.
Nous ne croyons pas en un Dieu solitaire perdu dans le ciel et qui serait indifférent à ses créatures. Le Saint Coran nous dit que «  Dieu est plus proche de nous que notre veine jugulaire »
Alors que répondre à la question : Juifs, musulmans et chrétiens (pour nous en tenir aux trois grands monothéismes) avons-nous le même Dieu ou un Dieu différent ?
 Tout ce que je viens de développer dans ces préalables nous permet de dire que la question est mal posée.
Oui pour nous croyants DIEU EXISTE, il est le créateur de toutes choses et de tous les hommes.
Il est le Dieu Unique, le même pour tous, dans son être.
Mais nos trois traditions rendent compte d’une histoire particulière et qui n’est pas encore achevée. Un jour comme le dit Saint Paul « Dieu sera tout en tous »
Car nous n’en parlons pas de la même manière. Et chacune de ses manières nous révèle Dieu. Nous pourrions reprendre tout ce que nous avons en commun dans ce patrimoine. Par exemple certains attributs de Dieu : le Saint, l’Unique, le Miséricordieux, le Tout Puissant, etc. 
Et aussi accueillir dans l’écoute et le respect- sans chercher à en discuter trop vite- ce qui constitue la spécificité de chacune de nos traditions pour nous en enrichir mutuellement.

Alors pour nous chrétiens que disons-nous ?
Nous croyons que Jésus est l’envoyé de Dieu, son Fils bien aimé. St Jean écrit « Dieu, personne ne l’a jamais vu mais il s’est manifesté en Jésus, son Verbe » Il a pris chair et il nous a révélé qui est Dieu en partageant
« En toutes choses notre condition humaine à l’exception du péché » (St Paul)
Nous croyons que Jésus est venu nous révéler que Dieu est AMOUR et qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Jésus répond à Philippe qui lui demande « Montre-nous le Père » « voilà si longtemps que je suis avec vous… qui m’a vu a vu le Père » Et Saint Paul ajoute «  le Christ Jésus est l’image du Dieu invisible ».
Et Jésus nous invite à le suivre, « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Pour nous chrétiens, Jésus est devenu notre maître, celui qui nous apprend Dieu en l’aimant plus que tout.
Et Dieu qui est notre Créateur a mis en nous son souffle de vie, son Esprit qui habite en nous. St Augustin, le berbère et grand évêque d’Hippone (Anaba) dira que « Dieu est plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes.
Dieu nous veut vivant, debout. Il nous invite à vivre à l’écoute de sa Parole et à suivre Jésus. Il est le Dieu de tendresse et de miséricorde, celui qui relève les gens accablés et qui part à la recherche de la brebis perdue.
Car Dieu est amour et nous invite au bonheur.

En conclusion :
Oui Dieu est le même pour tous. Il préexiste à toutes ses créatures.
Mais nous cheminons sur des routes différentes qui se rejoindront un jour quand Dieu le voudra. Alors Dieu sera comme le dit St Paul «tout en tous. » Aujourd’hui nous sommes des pèlerins, cheminant dans la fidélité à nos diverses traditions et nous sommes invités à l’émulation, à l’exemplarité, à la tolérance et au respect. Car nous ne sommes pas « propriétaires » de Dieu mais ses serviteurs.

Olivier Laurent

En annexe deux petits contes mystiques.
L’explorateur
L’explorateur était revenu parmi les siens qui étaient désireux de tout savoir sur l’Amazone ; mais comment pouvait-il jamais enfermer dans des mots le sentiment qui avait envahi son cœur, quand il avait aperçu des fleurs d’une beauté à vous couper le souffle et perçu les bruits de la forêt, la nuit ? Comment communiquer ce qu’il avait ressenti dans son cœur, quand il avait pressenti le danger des bêtes sauvages ou poussé son canoë au-dessus des régions traitresses du fleuve ?
Il dit à ces gens : « Allez trouver par vous-mêmes. Rien ne remplace le risque personnel et l’expérience personnelle. » Pour les guider toute de même, il traça un plan de l’Amazone.
Les gens s’emparèrent du plan, l’encadrèrent et l’affichèrent dans leur hôtel de ville, s’en firent des copies personnelles et quiconque possédait une de ces copies se considérait comme un expert de l’Amazone : ne connaissait-il pas en effet, tous les détours, toutes les courbes du fleuve ? Ne connaissait-il pas sa largeur et sa profondeur, la localisation des rapides et celle de chutes ?
L’explorateur ne vécut que pour regretter ce plan. Peut-être eût-il été préférable qu’il ne traçât rien.
La formule
Le mystique revenait du désert. « Dites-nous, lui demanda-t-on : à quoi ressemble Dieu ? »
Mais comment pourrait-il jamais enfermer dans des mots ce qu’il avait expérimenté dans les profondeurs de son cœur ? Est-il possible d’enfermer la vérité dans des mots ?
Finalement il leur donna une formule-combien gauche et inadéquate- dans l’espérance que certains de ceux qui la lui avaient demandée puissent être tentés, grâce à cette formule, d’expérimenter eux-mêmes ce qui lui avait expérimenté.
On s’empara de la formule ; on en fit un texte sacré ; on l’imposa à tout le monde comme une croyance sacrée. On fit de grands efforts pour diffuser le texte à l’étranger. Certains donnèrent même leur vie pour cette cause.
Et le mystique fut attristé. Peut-être eut-il mieux valu qu’il ne parlât pas.